La Poursuite, entre une nuit d’hiver et une fuite dans une forêt éclairée par le jour

La Poursuite

Chronique 02 · Inspirée d’un rêve réel

Chaque chapitre est inspiré d'un rêve que j'ai réellement fait.

Je n'ai pas cherché à leur donner un sens ni à les rendre plus logiques. Je les ai simplement racontés, aussi fidèlement que ma mémoire me le permet.

Peut-être qu'en les lisant, vous y trouverez un sens que je n'ai pas vu.

Bonne lecture.

C'est un rêve qui revient régulièrement.

Comme plusieurs fois auparavant, je me retrouve à courir aux côtés de ma sœur. Pourtant, dans la vie éveillée, ce n'est pas elle. Dans ce rêve, une autre prend sa place, et cela me semble parfaitement normal. Malgré tout, je ressens pour elle un profond instinct de protection, comme si je savais qu'il était de mon devoir de la garder en sécurité.

C'est l'hiver. Une froide nuit où la neige recouvre tout ce qui nous entoure. Nous courons pour échapper à quelqu'un qui nous poursuit. Je ne sais pas qui il est, ni pourquoi il nous chasse. Dans ce rêve, je ne me pose même pas la question. Je sais seulement que nous devons fuir.

Nous contournons une clôture et, pendant un bref instant, je crois que nous avons réussi à le semer. Cet espoir disparaît rapidement. La neige est si profonde qu'elle nous arrive presque jusqu'aux genoux. Chaque pas demande un effort immense. Mes jambes deviennent lourdes, mon souffle est de plus en plus court et je sens l'épuisement gagner tout mon corps.

À bout de forces, je finis par tomber à genoux dans la neige. Je continue malgré tout d'avancer en rampant pendant quelques instants, incapable de retrouver mon souffle. Puis je m'arrête complètement. Je roule doucement sur le dos et reste étendue dans la neige froide. Au-dessus de moi, le ciel est d'un noir profond, parsemé d'étoiles.

Pendant quelques secondes... tout devient silencieux.

Je regarde le ciel avec une étrange sérénité.

Je me dis simplement :

« Je suis fatiguée de fuir. »

Ce n'est pas de la résignation. C'est l'épuisement qui parle.

Puis, sans que je sache pourquoi, quelque chose reprend le dessus. Mon instinct de survie revient. Ma détermination aussi. Je me redresse, retrouve ma sœur et nous recommençons à avancer dans la neige.

Nous atteignons enfin la lisière des bois. Sans réfléchir, nous nous enfonçons entre les arbres. La forêt nous cache de la lumière de la lune et, pendant un instant, j'ai l'impression que nous sommes enfin à l'abri.

Pourtant, je sais que nous ne devons pas nous arrêter. Je ne sais pas d'où me vient cette certitude, mais dans ce rêve, je sais que rester immobiles pour nous cacher serait une erreur. Alors, malgré l'épuisement, nous continuons d'avancer entre les arbres, espérant mettre le plus de distance possible entre lui et nous.

Après ce qui me semble une éternité, j'aperçois au loin quelques lumières. En nous rapprochant, je distingue ce qui ressemble à un petit village de ski. Il fait toujours nuit et l'endroit paraît complètement désert. Il n'y a ni voitures, ni voix, ni lumière visible. Tout semble étrangement silencieux.

Nous décidons malgré tout d'y chercher refuge. Je me dis que nous pourrons au moins nous y cacher quelques instants, le temps de reprendre notre souffle.

En avançant dans le petit village, je remarque que la plupart des chalets sont reliés entre eux par de grandes terrasses de bois surélevées. Nous montons sur l'une d'elles et progressons aussi discrètement que possible. Nous nous cachons derrière les séparations en lattes de bois qui délimitent les terrasses des différents chalets. À chaque fois que nous atteignons un coin, nous jetons un regard avant d'avancer davantage. Nous longeons ensuite le mur extérieur d'un chalet, convaincues que personne ne peut nous voir.

Puis nous arrivons au bout du mur.

Il est là.

Juste devant nous.

Comme s'il avait toujours su où nous étions.

Mon cœur se fige.

Il nous attrape chacune par un bras.

J'ai immédiatement envie de me débattre, de courir, de tenter quelque chose. Mais avant même que je puisse réagir, il me menace.

— Si tu essaies de t'enfuir... je lui ferai du mal.

Il parle de ma sœur.

Je tourne les yeux vers elle.

Je comprends que je n'ai plus le choix.

Alors j'obéis.

Nous le suivons.

Sans que je comprenne comment, le rêve change complètement.

En un instant, la nuit laisse place au jour. L'hiver disparaît. La neige n'est plus là. C'est maintenant l'été.

Pourtant, malgré ce changement soudain, je sais que rien n'a changé.

Nous sommes toujours avec lui.

Il nous emmène, je ne sais où. Nous marchons sous son contrôle lorsqu'au loin nous croisons enfin plusieurs personnes. Pour la première fois depuis le début de notre fuite, je sens qu'il y a peut-être une chance de nous échapper.

Profitant de chaque personne que nous croisons, je prends mon courage à deux mains et je lance d'une voix aussi forte que possible :

— S'il vous plaît ! Appelez la police ! Nous avons été kidnappées !

Il réagit aussitôt, sans même laisser le temps aux passants de répondre.

D'une voix étonnamment calme, comme s'il racontait quelque chose de tout à fait normal, il leur explique qu'il est notre tuteur. Il affirme que nous sommes deux enfants qui inventons des histoires et que nous faisons simplement une mauvaise plaisanterie.

Les passants ralentissent.

Certains nous regardent.

D'autres le regardent, lui.

Personne ne dit un mot.

Je sens l'hésitation dans leurs regards. Je comprends qu'ils ne savent pas qui croire.

Alors je continue de marcher tout en leur parlant.

— Quand un enfant demande de l'aide... quand un enfant dit qu'il a été kidnappé... il faut toujours le croire.

Un silence s'installe.

Puis je remarque quelques gestes discrets.

Une femme sort doucement son téléphone de sa poche.

Un homme s'éloigne de quelques pas avant de porter son cellulaire à son oreille.

Personne ne nous promet de l'aide.

Personne ne nous dit que tout ira bien.

Mais je comprends qu'ils m'ont entendue.

Sans attirer son attention, ils contactent les autorités.

Quelques instants plus tard, nous nous retrouvons à l'intérieur d'une grande salle commune du petit village de ski.

Nous sommes toujours en été. Il fait jour.

Je ne sais pas comment nous sommes arrivés là. Le rêve ne me le montre pas. Je sais seulement que les autorités sont intervenues.

Ma sœur et moi sommes assises côte à côte, près d'une agente. Le kidnappeur, lui, est assis un peu plus loin dans la pièce. Il ne dit rien.

Il nous observe.

Malgré la présence de l'agente, je ne me sens pas en sécurité. Au contraire, je n'arrive pas à le quitter des yeux. Une peur grandit en moi. Je n'ai pas peur pour moi cette fois-ci. J'ai peur pour elle. Je suis convaincue qu'au moindre moment d'inattention, il pourrait se lever, l'attaquer et la tuer. Même entourée par l'autorité, je sens que le danger est toujours présent.

J'essaie alors de parler discrètement à l'agente pour ne pas attirer son attention.

— Faites attention à lui... Il est dangereux. Méfiez-vous de lui.

Elle m'écoute attentivement.

J'ai l'impression qu'elle me croit.

Pourtant, je remarque qu'elle est seule. Les autres policiers ne sont pas encore arrivés. Nous attendons les renforts, et cette attente me paraît interminable.

L'attente finit par devenir si longue que l'épuisement reprend le dessus.

J'ai l'impression de m'être endormie.

Ou peut-être pas.

Dans un rêve, il est parfois impossible de faire la différence.

Lorsque j'ouvre de nouveau les yeux, ma sœur est toujours assise à côté de moi.

Mais l'agente a disparu.

Le kidnappeur aussi.

La salle est maintenant complètement vide.

Je n'hésite pas une seule seconde.

Je me lève et entraîne ma sœur avec moi. Nous quittons rapidement le bâtiment.

À peine sorties, mon regard est attiré par la lisière d'une forêt, un peu plus loin.

Je reconnais immédiatement cet endroit.

Ce sont les bois de la ferme familiale de ma vie éveillée.

Cette certitude s'impose à moi sans hésitation.

Je sais exactement où je suis.

Je sais aussi qu'à environ un kilomètre se trouve un chemin.

Pourtant, je décide de ne pas le rejoindre.

Dans mon esprit, c'est une évidence.

S'il nous cherche, il commencera par le chemin.

Les bois sont notre meilleure chance.

Sans même réfléchir, mes jambes se remettent à courir en direction de la forêt.

Ma sœur me suit, et nous courons de nouveau entre les arbres.

Je sais exactement où nous allons.

Je connais ces bois.

Je sais qu'en continuant tout droit, nous finirons par rejoindre le chemin. Pourtant, je préfère rester à l'abri des arbres. Le chemin est beaucoup trop prévisible.

Puis, une pensée me traverse soudainement l'esprit.

Je ralentis un instant.

Ce n'est pas la forêt que je reconnais.

C'est ce moment.

Cette course.

Cette décision.

Le fait de passer par les bois.

J'ai déjà vécu exactement cette scène.

C'est alors que je réalise quelque chose.

J'ai déjà fait ce rêve.

Pas dans la vie éveillée.

Dans un autre rêve.

Peut-être la veille.

Peut-être quelques jours auparavant.

Je n'en suis pas certaine.

Mais je sais que ce n'est pas la première fois que je me retrouve ici.

Comme si ce rêve continuait là où il s'était arrêté la dernière fois.

🌙 Au réveil

Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit, incapable de me rendormir.

Ce rêve m'avait laissé une étrange impression de déjà-vu.

J'avais la certitude de ne pas le vivre pour la première fois.