Le Puits, dans une forêt nocturne autour d’un ancien puits de pierre

Le Puits

Chronique 01 · Inspirée d’un rêve réel

Ce livre ne raconte pas une histoire inventée.

Chaque chapitre est inspiré d'un rêve que j'ai réellement vécu.

Je n'ai pas cherché à leur donner un sens ni à les rendre logiques. Je les ai simplement racontés, aussi fidèlement que ma mémoire me le permet.

Peut-être qu'en les lisant, vous y trouverez un sens que je n'ai jamais vu.

Bonne lecture.

Le chalet respirait la tranquillité. Les rires résonnaient dans la maison, les voix se mêlaient aux odeurs de bois et de nourriture chaude. Dehors, le lac s'étendait comme un immense miroir, reflétant un ciel parfaitement clair.

J'étais redevenue une enfant.

Mes pas me guidèrent naturellement jusqu'à la petite plage. Au bord de l'eau, je remarquai une grenouille qui bondit avant de disparaître dans une éclaboussure. Puis quelque chose attira mon regard.

Une étrange créature.

Elle avait à peu près la taille d'une grenouille, mais son apparence était différente. Je n'avais jamais vu un être semblable. Une peur mêlée de curiosité envahit aussitôt mon esprit.

Je la recueillis délicatement dans un bac blanc rempli d'eau et je courus jusqu'à mon père.

— Papa, regarde !

Il observa la créature avec un calme presque solennel. Son regard me donnait l'impression qu'il savait exactement ce qu'elle était.

— Remets-la à l'eau. C'est sa place.

Sans discuter, je retournai au bord du lac et je la relâchai. Elle disparut aussitôt sous la surface.

Quelques instants plus tard, je m'élançai dans l'eau avec une petite planche flottante. Je riais, heureuse de rejoindre les autres.

Mais la légèreté s'éteignit d'un coup.

Un bruit sourd fendit le ciel. Le battement des pales d'un hélicoptère fit vibrer l'air. Puis un deuxième, puis un troisième. Des projecteurs puissants balayèrent la forêt, la plage et le lac.

— À l'intérieur ! VITE !

Je courus vers le chalet avec tout le monde. Et là, soudain, j'étais redevenue adulte.

Je me retrouvai sur la galerie, entourée de ma famille et de mes amis. Le souffle court, nous regardions les silhouettes sombres descendre en rappel depuis les hélicoptères. Des hommes armés, vêtus de combinaisons noires.

L'un des appareils s'éloigna pour se poser derrière le chalet, dans l'ombre des bois.

— Fermez les portes ! Barricadez tout !

La tension était palpable, lourde, suffocante.

À l'intérieur, dans les marches, un jeune de la famille, à peine dans la vingtaine, se mit soudain à frapper un autre garçon. La peur semblait transformer tout le monde.

Dehors, les lampes torches des hommes armés glissaient dans l'obscurité. Des halos lumineux parcouraient la forêt, comme si la nuit elle-même nous traquait.

Quelqu'un cria qu'il fallait fuir. Sans réfléchir, je suivis le petit groupe qui s'élança dans la forêt. Nous courions à perdre haleine lorsque nous tombâmes sur une immense dalle de pierre.

— C'est quoi ce truc ? demanda l'un d'entre nous en posant la main sur la pierre.

À peine ses doigts touchèrent-ils la dalle que celle-ci se déroba brutalement sous nos pieds. Je basculai dans le vide avec deux autres personnes de notre groupe.

Nos cris déchirèrent la nuit.

Dans un réflexe désespéré, nous parvînmes à nous agripper à une dalle qui dépassait légèrement de la paroi.

Mes doigts se crispèrent sur la pierre froide. Mon cœur battait à tout rompre tandis que je levai les yeux vers l'ouverture du puits.

Je réalisai alors que ce n'était pas un simple trou.

C'était un gouffre monumental.

Un immense puits circulaire qui semblait s'enfoncer jusqu'au cœur de la Terre. Les parois de pierre paraissaient anciennes, couvertes de symboles presque effacés par le temps. Quelque chose de sacré et d'inquiétant émanait de cet endroit.

Je jetai un regard sous mes pieds.

D'autres dalles inclinées formaient une sorte d'escalier impossible, perdu dans les profondeurs.

— On ne tiendra pas longtemps ! cria l'un de nous.

Je levai les yeux vers ceux qui étaient restés en haut.

— Regardez... Il y a des trous !

De petits orifices parfaitement ronds étaient alignés dans la dalle. Je ne comprenais pas à quoi ils pouvaient bien servir.

Puis, dans une étrange logique qui me semblait pourtant parfaitement naturelle, je sortis mes écouteurs à fil. L'embout métallique s'inséra parfaitement dans l'un des trous.

Un déclic résonna. Toute la pierre se mit à vibrer sous mes pieds. Une rangée de dalles se souleva lentement devant moi, formant un passage temporaire.

— Sautez ! VITE !

Je bondis avec les deux autres sur la nouvelle plateforme. À peine avions-nous atterri que la dalle commençait déjà à redescendre.

— Encore !

Je repérai une autre encoche et j'y glissai de nouveau l'embout métallique de mes écouteurs.

Un nouveau déclic.

Une autre rangée de dalles s'éleva devant nous.

Plateforme après plateforme, j'avançais avec les autres toujours plus profondément dans le puits, jusqu'à atteindre enfin un rebord suffisamment stable pour reprendre mon souffle.

Le silence revint.

Je longeai lentement la paroi avant d'apercevoir une plateforme de bois suspendue au-dessus du vide.

— Passez à genoux... ça bouge trop.

Je m'agenouillai.

Le bois craquait sous mon poids et grinçait à chacun de mes mouvements. Sous mes yeux, le vide semblait sans fin. Le moindre faux pas m'aurait précipitée dans l'abîme.

Je finis par ramper complètement à plat ventre.

De l'autre côté, un mur lisse m'attendait.

Seules les pointes de mes orteils trouvaient un minuscule appui contre la pierre. Mes mains étaient plaquées sur la paroi glaciale. Chaque centimètre parcouru était une lutte contre le vide.

Lorsque j'atteignis enfin l'autre côté, le décor avait complètement changé.

Plus rien d'antique.

Du métal.

Des câbles.

Des lumières rouges.

Une odeur âcre d'électricité brûlée flottait dans l'air.

À ma gauche, un fleuve de lave grondait en projetant une lueur infernale sur les parois.

À ma droite, le gouffre disparaissait dans l'obscurité.

Au centre se dressait une étrange machine : un immense tourniquet vertical composé de lourdes barres d'acier.

— On doit essayer.

L'un d'entre nous s'y engagea. Je le regardai agripper les barres.

La machine se mit aussitôt à tourner.

Son corps se retrouva suspendu dans le vide tandis qu'il résistait de toutes ses forces jusqu'à ce que le mécanisme s'immobilise.

— Il y a trois places ! Venez !

Une autre personne s'élança.

Mais cette fois, le tourniquet repartit avec une violence incroyable.

— Accroche-toi !

Ses doigts glissèrent.

— NON !

Je me précipitai au bord. Mon cœur se glaça. Je retins mon souffle. Puis je le vis.

Il n'était pas mort.

Son corps reposait sur d'immenses caisses métalliques traversées par des faisceaux de câbles d'où jaillissaient des étincelles.

— Il est vivant !

Je descendis prudemment jusqu'à lui avec les autres. Il respirait encore. Il était sonné, mais conscient.

Je levai les yeux vers les câbles qui parcouraient toute la structure. L'un d'entre nous les observa attentivement et dit.

— Si on les coupe... la machine s'arrêtera peut-être. On pourra sortir.

J'acquiesçai.

Une lame trancha l'un des câbles.

Aussitôt, un grondement monstrueux secoua toute la structure. Une alarme stridente retentit. Les lumières rouges se mirent à clignoter dans tous les sens.

Puis une voix mécanique résonna dans tout le complexe.

« Alerte. Le taux de radiation n'est plus contrôlé. Exposition mortelle imminente. »

La panique me traversa de plein fouet.

— Il faut partir !

Je repris aussitôt le chemin en sens inverse. Chaque obstacle semblait désormais mille fois plus dangereux.

Je devais remonter sur les caisses. Retraverser le mur où seuls mes orteils trouvaient appui. Ramper une nouvelle fois sur la passerelle suspendue qui vibrait sous chacun de mes mouvements.

La peur me tordait le ventre. Ma gorge était sèche. Mon cœur battait si fort qu'il couvrait tous les autres bruits.

Enfin, la passerelle apparut devant moi. Elle oscillait doucement, comme une créature vivante prête à céder.

Je posai mes mains sur le bois. Mes doigts tremblaient. Le sang se glaça dans mes veines.

Et juste avant de basculer dans l'abîme...

Je me réveillai.

Merci d'avoir lu ce premier rêve.

Si cette histoire vous a plu, n'hésitez pas à poursuivre votre exploration des Chroniques Oniriques.

Avez-vous déjà fait un rêve si réel qu'il vous est resté en mémoire pendant des années ?

KatAli ⏾